Bilan du mercredi 15 juillet — l'Angleterre s'assoit sur son but d'avance, l'Argentine la punit à 90+2
La seconde demi-finale a basculé en dix-huit minutes. Devant grâce à Anthony Gordon (55e), l'Angleterre a reculé après le changement de Thomas Tuchel à la 72e, et n'a plus jamais touché un ballon dans la surface adverse. Enzo Fernández a égalisé de loin (85e), puis Lionel Messi a déposé un centre sur la tête de Lautaro Martínez à 90+2 (1-2). Saka, Eze et Madueke n'ont pas quitté le banc. Ce sera Espagne-Argentine dimanche à New York.

La seconde demi-finale devait désigner l’adversaire de l’Espagne. Elle aura surtout raconté comment on perd une Coupe du Monde sans la perdre sur le terrain. Devant au score à Atlanta grâce à Anthony Gordon, l’Angleterre a reculé, reculé encore, et a fini par céder deux fois dans le dernier quart d’heure. L’Argentine s’impose 2-1 et défendra son titre dimanche au MetLife Stadium. Pour nous, la soirée laisse un goût étrange : quatre Gunners étaient dans le groupe anglais, trois n’ont pas joué une seconde.
Angleterre 1-2 Argentine — dix-huit minutes pour tout perdre
(Faits — sources : ESPN, FotMob, FOX Sports, Sky Sports.)
Il faut d’abord dire à quel point la première heure a été laide. Aucun tir dans les trente premières minutes : selon Opta, c’est la première fois que cela arrive dans un match de Coupe du Monde depuis que la donnée est relevée, en 1966. Beaucoup de fautes, beaucoup de gestes d’usure, très peu de football. L’Argentine testait, l’Angleterre attendait, et l’arbitre Ismail Elfath sifflait sans arrêt.
Puis Morgan Rogers, préféré à Bukayo Saka sur le côté droit du XI de Thomas Tuchel, a envoyé le centre parfait. Anthony Gordon a plongé au second poteau devant Nahuel Molina et a ouvert le score à la 55e minute. À ce moment-là, l’Angleterre tenait sa finale.
Le tournant n’est pas argentin : il est anglais. À la 72e, Tuchel a sorti Gordon, son buteur, pour faire entrer le défenseur Ezri Konsa. Dix minutes plus tard, Dan Burn et Nico O’Reilly sont entrés à leur tour. Sky Sports a chiffré l’effondrement qui a suivi : 93 % de possession pour l’Argentine sur les vingt et une dernières minutes, et pas une seule touche de balle anglaise dans la surface argentine après le but de Gordon. Alexis Mac Allister a trouvé le poteau, l’Argentine a poussé vague après vague, et le mur a fini par tomber. Enzo Fernández a égalisé d’une frappe de loin à la 85e. Puis, à 90+2, Lionel Messi a déposé un centre sur la tête de Lautaro Martínez, qui a échappé à la vigilance de John Stones. Fin du match, fin du tournoi anglais.
Harry Kane, lui, n’a pas cherché d’excuse après la rencontre : « Once we went 1-0 up, we seemed to just try and hold on. At this level, it’s not enough. » Thomas Tuchel, de son côté, a assumé sans regret : « Of course we wanted to go for the second goal, but I had not the feeling that the offensive substitutions would help. »
3 chiffres clés :
- 0 — tir dans les trente premières minutes. Une première dans un match de Coupe du Monde depuis 1966 (Opta).
- 0,08 — l’xG cumulé des deux équipes en première période, le plus bas jamais relevé dans une première mi-temps de match à élimination directe (Opta).
- 2 — les passes décisives de Lionel Messi, toutes les deux dans les cinq dernières minutes. Élu homme du match, noté 9,0 par FotMob.
Spotlight Gunners : c’est le point noir de la soirée, et il est difficile à avaler. Bukayo Saka, Eberechi Eze et Noni Madueke étaient sur le banc au coup d’envoi, et ils y étaient encore au coup de sifflet final. L’ESPN le confirme noir sur blanc : aucun des trois n’est entré en jeu. Saka a payé un choix purement tactique, Tuchel ayant récompensé Morgan Rogers, décisif en sortant du banc contre la Norvège en quart. Difficile de reprocher le raisonnement, plus difficile d’accepter que le meilleur ailier anglais de sa génération quitte une Coupe du Monde en demi-finale sans avoir joué une seule minute de ce match. Declan Rice, seul Gunner titulaire, était incertain avant la rencontre pour cause de maladie : il a finalement tenu sa place au milieu, avec des notes très partagées selon les médias (7/10 chez Goal, 5/10 chez Yahoo). Il a été emporté comme tout le reste de l’équipe dans le naufrage du dernier quart d’heure.
Encart bracket — la finale est fixée : Espagne–Argentine
(Source : bracket officiel FIFA, vérifié ESPN / Yahoo Sports.)
Le tableau est complet. Dimanche 19 juillet, au MetLife Stadium (21h, heure de Paris), l’Espagne affrontera l’Argentine pour la Coupe du Monde. La Roja, tombeuse de la France mardi, retrouvera les champions du monde en titre. Trois Gunners seront dans le groupe espagnol : David Raya, Mikel Merino et Martín Zubimendi. Aucun n’a joué la demi-finale. En face, plus aucun Gunner : l’élimination de l’Angleterre sort Saka, Rice, Eze et Madueke du tournoi.
L’analyse GG
Il y a des éliminations qu’on encaisse parce qu’en face, c’était trop fort. Celle-là n’en est pas une. Pendant une heure, l’Angleterre a été la meilleure équipe sur le terrain : elle pressait, elle gênait, elle a marqué le seul but construit de la soirée. Et puis elle a décidé que ça suffisait.
Le plus troublant, c’est le décalage entre ce que tout le monde a vu et ce que le sélectionneur a raconté après. Tuchel affirme que son équipe est simplement « devenue passive » sans changer de système ; Kane, lui, décrit des vagues qu’on essaie de contenir en priant. Quand ton capitaine et ton entraîneur ne racontent pas le même match, c’est rarement bon signe. Sortir son buteur pour un défenseur avec dix-huit minutes à jouer, en demi-finale de Coupe du Monde, avec Saka, Eze et Madueke disponibles sur le banc, c’est un pari. Tuchel avait gagné tous les précédents. Il a perdu celui-là, et il a coûté une finale.
En face, il faut quand même saluer ce que fait cette Argentine. Elle n’a jamais gagné tranquillement de tout le tournoi, elle a souffert contre l’Égypte, sué contre la Suisse, et elle est en finale. Parce qu’elle a un joueur qui n’a besoin que de deux ballons dans les cinq dernières minutes pour changer une soirée. Dimanche, la Roja va devoir répondre à cette question-là.
Et nous, on regardera la finale avec trois Gunners en rouge et blanc dans le groupe espagnol. Merino a déjà pris l’habitude de surgir quand plus personne n’y croit. Ce serait une jolie manière de finir ce Mondial.


